Le livre en résumé par Françoise Litou

Vaincre l'épuisement professionnel

Toutes les clés pour vaincre le burn-out

Suzanne Peters - Dr Patrick Mesters
Collection Réponses - Robert Laffont - Mars 2007

Quelques points de repère

Qu'est-ce que l'épuisement professionnel ou burn out ?

De la souffrance ... à la maladie
L'épuisement professionnel (ou burn out) est une souffrance insidieuse, dangereuse et onéreuse. C'est une crise, mais celle-ci peut devenir une maladie. Les manifestations en sont spécifiques et se confondent parfois avec celles du stress et de la dépression.
Les traiter requiert une intervention ciblée et multidisciplinaire.

Qui cela concerne-t-il ?
Les "victimes" sont des personnes talentueuses et enthousiastes. La qualité et l'intensité de leur dévouement et investissement professionnel ne font aucun doute. Cette décompensation est le résultat d'une exposition intense et prolongée à des situations émotionnellement exigeantes et d'une confrontation à des conflits intérieurs portant sur les valeurs personnelles de l'individu.

Le burn out est l'expression d'une tension excessive entre l'idéal qui habite des êtres et les contraintes de la réalité qui en restreignent la concrétisation.

D'autres facteurs sont connus pour accélérer la crise : les inquiétudes de l'environnement économique, la pression des assemblées de direction et des hiérarchies incohérentes, voire abusives, dévalorisantes et tatillonnes, l'insécurité de l'emploi, les réductions d'effectifs, les menaces de délocalisation, les contraintes budgétaires et la réduction des avantages liés à la fonction des cadres ...

Un échec à responsabilité partagée
Le burn out est le symptôme d'un échec, conséquence d'une irresponsabilité partagée entre l'employeur et l'employé du fait d'un manque de recul et de lucidité.
Des employés brillants n'ont pas vu arriver le mur du burn out parce que le nez plongé dans le guidon des tâches quotidiennes, et la société ou l'entreprise a ignoré l'opportunité et l'urgence d'un développement de projet de prévention.


Des conséquences humaines et financières

Coûts individuels
Tous les acteurs et leurs familles en paient le prix fort. Dans un premier temps, les "victimes" continuent coûte que coûte sur le chemin du devoir qui les conduit à l'impasse. Cependant à force de flirter avec leurs limites, la vie leur envoie soudain un message fort : un accident, un malaise ou une maladie qui les forcent à s'arrêter, à se poser et à réfléchir.

Coûts collectifs
En plus du prix fort que paient les personnes en termes de santé physique et psychique, l'entreprise et la société en épongent également les coûts. Productivité et rentabilité sont lourdement entamées et le "capital humain" s'use lorsqu'une entreprise est touchée dans son ensemble par le burn out.

Une situation qui se détériore
Actuellement les spécialistes constatent que, malgré tous les moyens de détection et de prévention qui commencent à être mis en place pour freiner l'étendue du problème, la situation continue à se détériorer.

Des pronostics inquiétants
Les Nations Unies prédisent en effet que le stress (donc le burn out) grimpera allègrement de la quatrième à la deuxième place dans l'échelle des problèmes menaçant la santé mondiale, juste après le sida. Ce qui poussait récemment le Sunday Time à titrer : "Act now on stress or pay the price" (Agissez maintenant à l'encontre du stress ou payez le prix !)


Burn out ou stress ?

Le burn out : une rupture d'équilibre
Le burn out est une réaction de crise après une exposition prolongée à des circonstances stressantes. La capacité de l'organisme de maintenir son équilibre est dépassée et rompue. L'équilibre de la relation que la personne entretient avec son environnement et ses proches est en danger.


Le stress : définition, circonstances de déclenchement et part jouée par l'individu
Le stress est une série de réponses non spécifiques de l'organisme à toute perturbation, un état de dysharmonie transitoire ou permanente provoqué par des facteurs physiques (blessure, intervention chirurgicale, infection, activité physique intense, bruit, ...) ou émotionnels (anxiété, chagrin, déception, frustration, ...)
Mais l'individu peut être aussi sa propre source de stress : ses pensées limitatrices le coupent de ses ressources tandis que des croyances personnelles non fondées et des idées préconçues freinent sa créativité.

Des "pare feu" : Estime de soi, Bienveillance, Gestion de nos croyances
Renouer avec une saine estime de soi et la bienveillance est donc une priorité pour prévenir efficacement la survenue du burn out.

Gérer nos croyances en est une autre : lorsque les croyances "encrassent" le filtre mental, elles déforment la lecture du monde ; au lieu d'être des ressources, les croyances deviennent des handicaps et entraînent leurs adeptes dans des réactions inadéquates et dans des impasses telles que le burn out.

Changer nos croyances est un travail
(Si les croyances sont des constructions nécessaires pour assurer notre compréhension du monde, indispensables pour diriger notre vie, elles peuvent devenir nuisibles au fil du temps, inadaptées à la réalité du moment : le monde est en constante évolution et nous changeons aussi en permanence ; à nous de nous adapter !)

Guerir

Témoignage du Dr Jacques Bensimon, psychiatre, chef de service au centre hospitalier de St Denis (interview Novembre 2005)
« Les patients craquent complètement, explosent, se rendent compte que leur vie n'a plus de sens et sont dans une impasse au sens large du terme, professionnelle, personnelle, etc.
Ils s'aperçoivent qu'ils doivent changer de vie.
Il faut qu'ils comprennent ce qui leur arrive. Ils n'ont plus de système de repère, ils disent souvent : " Tout fiche le camp". Ils dénoncent une souffrance dans tous les domaines de leur vie, où tout est en train de s'écrouler. En général ils viennent nous voir pour leur souffrance, qu'elle soit physique ou morale. Ce sont les symptômes prévalents. Ils ne peuvent plus continuer. Ils n'avancent plus, n'arrivent plus à mettre un pied devant l'autre. Ils ne font plus face à leurs obligations professionnelles, familiales, parentales, sociales (...)

Prise de recul, nouveaux choix de vie
C'est souvent un système de vie dans lequel ils se sont embarqués malgré eux qui est en cause. Les choix de vie n'ont pas toujours été l'objet d'une réflexion, les événements se sont enchaînés malgré eux, tant sur le plan professionnel que personnel. Ils sont allés de l'avant sans arrêt, sans temps de réflexion jusqu'au moment où leur vie devient insupportable.
A ce stade il y a un trop grand décalage entre ce qu'ils vivent et ce qu'ils sont. Et cela finit par "exploser", tout est remis en question sans discernement.
Et souvent ces moments d'écroulement, de souffrance, leur permettent de prendre du recul, de réfléchir, de faire le point, de comprendre comment ils ont fonctionné. Ils s'interrogent alors sur ce qu'ils veulent faire réellement de leur vie et éventuellement s'il y a des choses à changer et des bouleversements à faire.

L'autre cas "classique", c'est le surmenage, l'épuisement professionnel, la dépression d'épuisement... L'énergie dépensée est trop grande par rapport aux ressources du sujet. Il y a surinvestissement professionnel : moins on trouve son équilibre dans sa vie, plus on fonce dans le projet professionnel. C'est une forme de fuite qui n'exclut pas une réussite. Pour la société professionnelle civile, ce sont des gens qui réussissent. Ils sacrifient souvent beaucoup de choses à leur vie professionnelle et, tout à coup, ils s'écroulent. A un moment donné, il n'y a plus de retour, de gratification, de satisfaction, de plaisir. Ils se sont emballés dans leur vie et ne peuvent plus faire autrement. Mais il n'y a plus le ressort qui les pousse à agir selon leur seule volonté. Il n'y a plus de plaisir, de motivation ; la réussite financière n'est pas suffisante pour pouvoir tout accepter. Il y a discordance entre ce qu'est l'être et ce qu'il fait. (...)

On peut sortir grandi d'un burn out
Lorsqu'ils vont mieux, les patients sont comme après un grave accident de voiture ou un coma. Ils ne vivent plus leur vie de la même manière. Il n'y a jamais de retour à l'identique. Il y a des habitudes qui bougent, ils font les choses autrement. Certains vont modifier leur vie professionnelle, l'orienter différemment. D'autres se trouvent des centres d'intérêts divers et n'axent plus toute leur vie sur le professionnel. Il n'y a pas une résolution unique. Mais il y a toujours quelque chose qui change. Les gens font un peu plus attention à eux, prennent plus de temps pour leur vie personnelle et affective (...) Ils vont être capables de s'investir autrement, dans des activités qui leur sont essentielles et correspondent à leur moi intérieur profond. On peut sortir grandi d'un burn out ».

"Résilience"
« Un mot permet d'organiser notre manière de comprendre le mystère de ceux qui s'en sont sortis ; c'est celui de résilience , qui désigne la capacité de réussir, de vivre, de se développer en dépit de l'adversité. En comprenant cela nous changerons notre regard sur le malheur, et malgré la souffrance, nous   chercherons la merveille ».
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Odile Jacob 1999.

Réalignement
Il s'agit de "se réaligner" , de remettre vie personnelle et vie professionnelle en accord, de retrouver ou trouver sa cohérence pour reprendre pied. C'est ainsi que le burn out pourrait devenir une opportunité et un accélérateur d'apprentissage ...


Prévenir

Des personnes "fragiles" et/ou des environnements anxiogènes ?
Prévenir Le burn out fait irruption dans une vie où le sens du métier exercé a disparu ou a été perdu de vue : "on ne sait plus pourquoi on travaille".
Le désarroi est amplifié lorsque l'entreprise ou l'organisation défend des valeurs en contradiction avec celles de l'employé lequel entre en rupture et en dissonance intérieures.
Retrouver les sens de son action, oser dire "non", savoir exprimer ses limites, est-ce possible dans l'entreprise aujourd'hui ?

La part de responsabilité de l'entreprise et le rôle qu'elle doit ou ne doit pas jouer auprès de ses salariés suscite un débat de société dont médias, publications, colloques, ... se font l'écho.

A quoi attribuer l'accroissement du mal-être et de la souffrance en entreprise ? Les causes invoquées par différentes études et enquêtes auprès de salariés sont multiples et évoquent une liste à la Prévert : environnement économique concurrentiel, augmentation de la pression, multiplication des contraintes, obligation de compétitivité et rentabilité, restructurations et complexités organisationnelles et notamment matricielles, organisation du travail avec les trente cinq heures, précarité de l'emploi et incertitudes, absence de reconnaissance du travail accompli ou du droit à l'erreur, vieillissement de la population salariée, etc.

La relation entreprise / salariés, une surenchère dans les attentes réciproques
L'entreprise a de fortes attentes vis-à-vis des salariés, et les attentes des salariés vis-à-vis de l'entreprise ... sont devenues de plus en plus importantes au fil de l'évolution de la société qui a vu le recul des structures religieuses, politiques et sociales, au profit de l'entreprise, seul lieu collectif. Cet état de fait est paradoxal si on considère la montée de l'individualisation au sein de l'entreprise, le recul du syndicalisme, le jeu de la performance individuelle et de la compétition par objectifs.

Devant les maux développés par ses salariés, l'entreprise répond le plus souvent par le traitement individuel des symptômes. Parce que la prise de conscience n'est que partielle, rares sont les organisations qui envisagent une réponse structurelle par la réorganisation du travail.

L'entreprise peut monter son dispositif de prévention
S'il existe aujourd'hui des solutions pour prévenir le burn out dès les premiers symptômes, il n'existe pas de recette miracle universelle. Les réponses sont à créer sur mesure en fonction de chaque entreprise, de son secteur d'activité, de sa culture, de ses problèmes particuliers.

On peut distinguer trois niveaux de réponses :

Individuel
Amélioration du cadre de travail, mise à disposition de services étendus, prévention dans le domaine de la santé et du bien être, formations anti-stress et gestion du temps, assistance psychologique, aide au sevrage de différentes formes de dépendance, accompagnement individuel,...

Collectif
Le regard n'est plus simplement individuel mais concerne l'entreprise dans son ensemble, la place de l'individu au sein de son métier et dans la hiérarchie, une forme de management plus participative que directive. L'enjeu est de favoriser le processus de développement de l'autonomie. Parmi l'éventail de solutions : l'amélioration des conditions de travail, les conférences de sensibilisation au burn out, les groupes de parole, l'émergence collective de la communication, de la parole et de l'échange dans un contexte professionnel (pratique de "groupes de pairs"), le coaching d'équipes, la prise de conscience de dirigeants et managers et leur formation au management participatif type manager-coach, etc.

Organisationnel
Ce type de changement touche à la structure de l'entreprise, à sa culture même. Si les réponses individuelles et collectives répondent à la question du "comment", les réponses organisationnelles touchent notamment la question du "pourquoi", du sens et de la vision partagée.

Réflexion sur le sens et la vision
Une étude de l'Ifas (Institut français d'action contre le stress) montre que, à l'encontre de l'idée reçue, l'épanouissement professionnel n'est pas un gage de sérénité ; n'est pas un antidote infaillible contre le stress.

Qualité du management
De bonnes conditions de travail ne compensent pas, sur le plan du stress, une charge de travail excessive ou un management déficient... une leçon à méditer pour les entreprises qui seraient tentées de se reposer sur de bons scores de satisfaction dans leurs baromètres internes pour mieux évacuer le débat. (Enjeux Les Echos, 1er Mai 2006)

Les entreprises peinent à faire la différence entre, d'une part, le coût que représente une (juste) rémunération de leurs employés et, d'autre part, la valeur qui consiste à (réellement) investir en eux.

Investir dans le développement des personnes, tout au long de la chaîne managériale
L'entreprise se doit d'investir au niveau des "brainworkers" : il est indispensable d'investir dans ses employés pour permettre à ceux-ci de déployer leur capital d'intelligence collective au service de la compétitivité.

Respectés, les hommes et les femmes renforcent les liens de loyauté vis-à-vis de leur employeur. Ils deviennent ainsi les meilleurs ambassadeurs de leur entreprise auprès du client et font "une affaire personnelle" des défis de l'employeur. In fine, le respect qui prévaut dans la relation employeur-employé se retrouve dans une relation de qualité avec "le client", que celui-ci soit interne (les collègues) ou externe à l'entreprise.

C'est aussi la capacité du management à susciter les enthousiasmes et à donner envie aux collaborateurs de mettre leur "savoir-faire, savoir-être et savoir-devenir" au service de l'organisation qui est mise à l'épreuve.

Tout part et tout finit avec les qualités des comités de direction et des cadres à exercer leur autorité (leadership). Leur capacité à attirer les meilleurs, à les rendre satisfaits, à les développer et à les garder se concrétisera à travers leur comportement, leur courage, leur honnêteté, leur cohérence vis-à-vis des valeurs prônées et l'intelligence du regard qu'ils porteront sur l'avenir.